Châtaignes

L'arbre à pain
reprend vie
à Mourjou

 

"Nous jurons fidélité à la châtaigne et au châtaignier" Sur la place du village, devant une foule de curieux, les membres de la confrérie du "Pelou" prêtent serment.

Nous sommes à la foire de Mourjou, village de 420 habitants, au coeur de la châtaigneraie cantalienne. Ici les "castanhaires" ont vécu au rythme de l'arbre à pain pendant des centaines d'années. Et puis l'agriculture moderne a vu le déclin de cette production, jusqu'à ce jour de 1990, où les jeunes de la commune décident de transformer la fête patronale en foire à la châtaigne.

Le succès est immédiat. Depuis 10 ans, plus de 15 000 visiteurs se pressent chaque année à cette fête. Une véritable révolution dans le pays. On y écoute Ariane BRUNETON-GOVERNATORI, anthropologue parler de la civilisation égalitaire du châtaigniers. Les touristes achètent les fruits séchés dans les "sécadous" ( les séchoirs) rénovés. Et on y déguste désormais " le pelou tonic", une boisson inventée de toutes pièces par les jeunes de la commune. Un breuvage qui a fait depuis le bonheur de la distillerie Coudert à Aurillac, qui vend plus de 15 000 bouteilles par an de liqueur de châtaigne. Mélangée au vin blanc du Fel, le pelou est devenu la nouvelle boisson apéritive de la région. Une réussite commerciale sans précédent.

Mourjou, c'est aussi le concours culinaire qui voit s'affronter les cuisinières de village et les chefs de restaurants de la région avec le plus connu d'entre eux, Louis-Bernard PUECH qui propose dans son hôtel de Calvinet des plats à base de châtaigne: soupe , accompagnement, et desserts. En six ans de foire, la cuisine à la châtaigne est devenue inventive. A tel point que plusieurs jeunes agricultrices de Maurs ont mis au point de nouvelles spécialités, et ont créé un marché de pays à QUEZAC, une nouvelle façon de vivre de l'agriculture.

Les châtaigniers centenaires ne sont plus à l'abandon. Chaque propriétaire se fait aujourd'hui un point d'honneur de les faire élaguer. Mais toutes ces initiatives ne suffisent pas encore à donner un nouveau souffle économique. Le projet de maison de la châtaigne devrait donner le signal de la véritable renaissance: 3,7 millions de francs ont été engagés pour mettre sur pied ce centre qui sera à la fois musée, pépinières de replantation, laboratoire pour la fabrication de produits. Car le châtaignier se décline du bois au fruit: piquets de clôtures, bardeau pour les toitures, bois de menuiserie et d'ébénisterie, farines, etc. Déjà les agriculteurs ont obtenu un succès d'estime avec le "capelin" un porc élevé à base de céréales et de châtaignes. Depuis 10 ans, une coopérative commercialise des piquets en châtaignier à Junhac et 20 ha ont été plantes. Début modeste reconnaissent ensemble François Sournac et Pascal Piganiol: "il faut maintenant passer la vitesse supérieure. La prise de conscience est une chose, mais il faut maintenant accélérer la plantation et continuer d'inventer"

Les concours de l'innovation lancés à l'occasion des "fièira de la castanha" ont justement pour but de faire germer de nouvelles initiatives.

 

P.M.

 

 

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La Châtaigne

 

C'est le châtaignier qui a donné son nom à la région. Cet arbre originaire du Moyen-Orient s'est, à partir de l' Antiquité, progressivement étendu vers l'ouest.

Il est clairement signalé dans le Cantal dès le XVIe siècle et il se développe abondamment entre le XVIe et le XIXe siècle. Mais à aucun moment de l'histoire, il ne faut imaginer le plateau comme étant "couvert d'une forêt de châtaigniers". On sait en fait qu'au XVIIIe siècle, au moment de sa plus grande extension, il n'a jamais occupé que 18 % de la superficie des communes qui produisaient aussi seigle et avoine. Les châtaignes ramassées sont alors en partie vendues aux foires de Maurs et d'Aurillac, les gares de ces deux villes, à la fin du XIXe siècle, les expédiant par wagons entiers. Mais une bonne part de la récolte sert à usage domestique et, disent les textes anciens,"dans les temps difficiles en remplacement du pain". Mais se pose alors le problème de la conservation du fuit qui peut s'altérer très vite. diverses techniques sont mises en oeuvre, la plus spectaculaire étant le séchage au " sécadou".

 

Le sécadou était un petit édifice carré ou circulaire, établi à l'écart des maisons. Sur son plafond intérieur, en liteaux à claire-voie, on entassait les châtaignes sur une épaisseur de trente à quarante centimètres. Au rez-de-chaussée, en dessous, un foyer ouvert, on entretenait pendant quinze à vingt jours, et en permanence, un feu de souches sans flammes qu'il fallait très fumeux. Cette fumée dense séchait lentement les fruits au passage, avant de s'échapper par tous les interstices du toit et du bâti.

 

Puis vint le temps du déclin de la châtaigneraie. A partir de 1890, la maladie dite de "l'encre" est désastreuse. Bien des arbres sont alors abattus et vendus aux usines d'extraits taniques installées à Maurs. Après un regain dans les années qui suivirent la Première Guerre, apparaît une nouvelle maladie qui est le chancre. Beaucoup d'arbres en meurent encore, que l'on voit aujourd'hui ici et là, silhouettes noires torturées et sculpturales, détachées sur le ciel.

 

Pour finir, sont intervenus des problèmes de ramassage et de salaires, de prix, de débouchés, de mutation agricole générale. Où donc de nos jours, en dehors des taillis et des individus isolés, subsistent les dernières vraies châtaigneraies entretenues ?

Tout au plus existe-t-il encore dans les campagnes quelques-uns de ces sécadous que l'on protège, que l'on ranime à l'occasion d'une fête ou d'une foire de la châtaigne, comme à Mourjou, en octobre.

Foire de la châtaigne
Mourjou
Renseignements : tel 04 71 49 93 76

 

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